mardi, 29 août 2006

Guerre sur le joyaux

Quelques tristes nouvelles du sri lanka, Le Monde, 29 Aout 2006:


Le président sri-lankais, Mahinda Rajapakse, le répète à l'envi : le Sri Lanka n'est pas en guerre, l'armée ne fait que se défendre face "aux offensives du LTTE" (Tigres de libération de l'Eelam tamoul) et le gouvernement est prêt à tout moment à reprendre les négociations de paix.
Sur le terrain, toutefois, la situation est quelque peu différente et toutes les mesures qui prévalaient avant le cessez-le-feu signé avec le LTTE sous l'égide de la Norvège en février 2002 sont de nouveau en vigueur.

Colombo a remis en place de multiples points de contrôle sur les principales artères, de vastes embouteillages se forment périodiquement aux entrées de la capitale en raison de la vérification de tous les véhicules et passagers qui entrent dans la ville, et sur les routes la police et l'armée contrôlent aussi la circulation avec des barrages plus ou moins réguliers.

A la télévision nationale et dans les journaux, l'armée a lancé une vaste campagne publicitaire pour attirer sous les drapeaux les jeunes Sri-Lankais. La télévision diffuse aussi des appels à la population pour l'appeler à signaler aux autorités tout mouvement suspect de personne inconnue et tout renseignement pouvant être "utile" au maintien de la sécurité.

Plus de 1 500 personnes, selon la mission d'observation du cessez-le-feu (SLMM), ont été tuées dans des incidents liés au conflit entre l'armée et le LTTE depuis janvier. Les escarmouches qui opposaient les belligérants sont devenues, depuis fin juillet, des batailles rangées, notamment sur la ligne de front Kilali-Nagarkovil qui sépare l'armée des Tigres dans la péninsule de Jaffna.

QUELQUE 160 SOLDATS TUÉS

Affaibli à l'est de l'île par la défection, en 2004, de son principal commandant, le "colonel" Karuna, le LTTE veut une victoire militaire avant de rouvrir d'éventuelles négociations et Jaffna, au coeur du pays Tamoul, reprise par l'armée en 1995, est sans doute leur réel objectif. Les combats qui se déroulent depuis le 11 août dans la péninsule isolée sont extrêmement violents et meurtriers des deux côtés. Officiellement, l'armée a annoncé jusqu'au 22 août la mort de 159 soldats tandis que 485 autres ont été blessés.

Les chiffres pour les Tigres se monteraient à 487 morts. Les militaires sur place s'inquiètent toutefois du fait que, pour l'instant, la plupart des cadavres de Tigres récupérés sur les lignes sont ceux de jeunes filles ou jeunes femmes, ce qui laisse supposer que la véritable offensive, menée par des cadres aguerris, est encore à venir.

"Depuis environ avril, le LTTE tente de recruter en masse et il y a eu des exécutions de jeunes qui ont refusé", affirme, à Colombo, un travailleur humanitaire qui veut rester anonyme pour sa sécurité. "Toute la population de 15 à 50 ans sous son contrôle a été obligée par le LTTE de suivre un entraînement pseudo-militaire", renchérit un autre représentant d'une organisation non gouvernementale.

L'armée, forte de 50 000 hommes environ dans la péninsule, résiste mais pourrait rencontrer des difficultés si des renforts en hommes et en munitions n'arrivent pas. La base aérienne de Palaly est sous la menace des canons du LTTE et seuls les hélicoptères peuvent l'utiliser. L'artillerie du LTTE basée dans la région de Sampur menace aussi la rade de Trincomale, au Nord-Est, d'où partent les bateaux militaires.

La rupture évidente, même si elle est non déclarée, de la trêve a conduit la SLMM à rappeler dans la capitale la plupart de ses observateurs. Leur nombre sera aussi réduit avec le départ des membres des pays de l'Union européenne. Après la décision de Bruxelles de mettre le LTTE sur la liste des organisations terroristes, celui-ci a en effet exigé leur départ au 1er septembre, réduisant la mission de 57 à 30 membres (norvégiens et islandais).

Le fait qu'aucune des parties ne veuille officiellement annuler le cessez-le-feu pourrait théoriquement permettre une reprise du dialogue. Mais pour l'instant, personne ne semble intéressé à la recherche d'une solution.

Françoise Chipaux
Article paru dans l'édition du Monde du 26.08.06

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